* LA SECTION CLINIQUE DE NICE :
- LA PRÉSENTATION DE MALADE
- LE SÉMINAIRE LES PSYCHOSES
- LE SÉMINAIRE D’INTRODUCTION À LA PSYCHANALYSE

SCN Affiche 2012.05.12
Site de la Section Clinique de Nice : http://www.sectioncliniquenice.fr/

ARGUMENT
« Nous sommes tous des malheureux avec le réel » : l’opacité sexuelle et les embrouilles de l’existence concernent chaque être parlant. Comment s’accommoder de notre corps, des autres, de la jouissance, du sens et de la mort ?
Certains disposent d’une boussole dont l’Œdipe freudien les a dotés : le Nom-du-Père, qui noue le désir et la Loi. Ils peuvent ainsi suivre la grande route, comme tout le monde, la voie tracée, conforme, « normale » et balisée.
Les autres — ceux qu’on dit « psychotiques » — risquent d’errer, faute de ce repère et de ses réponses toutes faites, de ce prêt à porter « traditionnel et hérité ». Faute d’avoir reçu ce kit du névrosé banal, il leur reste la possibilité de forger des solutions singulières. C’est même souvent une nécessité vitale.
Un travail de bricolage les attend, pour lequel une véritable capacité d’invention s’avère indispensable : on raboute, on rafistole, on assemble de bric et de broc, on fait des épissures. Le montage tient de l’assemblage surréaliste parfois, de l’œuvre d’un Tinguely ou d’un Arcimboldo.
La création est au principe de ces combinaisons de fortune qui aident à tenir dans le monde et avec les autres, à vivre malgré les écueils croisés du signifiant et de la jouissance.
Lacan a donné l’exemple d’un tel montage avec Joyce : telle est la solution joycienne. Mais chaque cas fait la preuve de la même exigence pour pallier le défaut de la structure. La plus grande diversité marque ce que nous étudierons cette année sous le titre des
« Solutions et inventions
dans la psychose ».
Au cas par cas, dans la littérature et l’histoire, dans la clinique d’hier et d’aujourd’hui, nous tâcherons de nous faire enseigner par les inventeurs de nouages insolites, les « Facteur cheval » de la vie quotidienne.
La Section Clinique de Nice
Fonctionnement
La Section Clinique de Nice ne se situe pas dans le cadre d’un groupe psychanalytique, même si ses enseignants sont d’orientation lacanienne.
Elle a pour but d’assurer un enseignement fondamental de psychanalyse, tant théorique que clinique, qui s’adresse aux travailleurs de la « Santé mentale », psychiatres, médecins, psychologues…, aussi bien qu’aux psychanalystes eux-mêmes et aux universitaires intéressés par ce savoir particulier.
Participer à la section clinique n’habilite pas à l’exercice de la psychanalyse.
Une attestation d’études cliniques sera délivrée aux participants qui le souhaitent.
L’Association Uforca-Nice pour la formation permanente, créée en 1996, assure la gestion de la Section Clinique de Nice. Uforca-Nice est affiliée à l’Union pour la Formation en Clinique Analytique, UFORÇA, comme l’ensemble des Sections, Antennes et Collèges cliniques du Champ Freudien.
Les frais d’inscription des salariés désireux de participer pourront être pris en charge par leurs institutions dans le cadre de leur plan de formation permanente. On peut aussi s’inscrire à titre personnel.
Historique
C’est en 1996 que se forma le projet d’une Antenne clinique à Nice, et c’est celle-ci, depuis peu en état de marche, qui accueillit la troisième rencontre, en Septembre 1998 connue sous le nom de « Convention d’Antibes » et ayant donné lieu à un livre : « La psychose ordinaire » (Editions Agalma).
C’est dire que cette création à l’extrémité sud-est de la France s’est inscrite dans un véritable tourbillon. D’emblée, les thèmes qui furent choisis pour nos sessions annuelles de formation permanente, témoignèrent de la tension entre la nécessité de fournir au public des cliniciens intéressés par l’orientation lacanienne à la fois les repères essentiels de la doctrine freudienne et de l’enseignement de Lacan, et celle de témoigner des avancées, des nouveautés, de l’actualité de la pratique.
L’enseignement repose à la fois sur des présentations de malades dans des services de psychiatrie amis, des séminaires théoriques et une multitude d’ateliers visant à partir du plus près de l’expérience des participants pour les amener à construire les cas dont ils ont la responsabilité et à se forger les outils conceptuels éclairant l’impossible à supporter de la clinique.
Les participants sont presque tous, par choix de notre part, des cliniciens déjà expérimentés, psychiatres ou psychologues pour la plupart, exerçant essentiellement en institution mais aussi en libéral, et ayant une formation analytique personnelle. Certains nous accompagnent depuis dix ans, ou plus, ce qui a permis de constituer un noyau dur, le Cercle de Nice, ou l’on tâche d’aller plus loin, c’est-à-dire du côté de la recherche et de l’innovation. Là encore, c’est le réseau national du Cercle-Uforca qui permet la confrontation des travaux.
Un séminaire mensuel d’introduction à la psychanalyse permet d’accueillir un auditoire plus large, comptant notamment des étudiants.
Publications
Certains travaux trouvent leur trace dans « Les Cahiers cliniques de Nice ». Le premier numéro de ceux-ci a eu le privilège de la publication de ce qui était un inédit de Lacan, sa conférence « Le phénomène lacanien », prononcée au Centre Universitaire Méditerranéen de la Promenade des Anglais, en 1974 et établi par Jacques-Alain Miller.
Un site électronique permet de se tenir informé.
Prologue de Guittrancourt
par Jacques-Alain Miller (1)
Nulle part au monde il n’y a de diplôme de psychanalyste. Et non pas par hasard, ou par inadvertance mais pour des raisons qui tiennent à l’essence de ce qu’est la psychanalyse.
On ne voit pas ce que serait l’épreuve de capacité qui déciderait du psychanalyste, alors que l’exercice de la psychanalyse est d’ordre privé, réservé à la confidence que fait le patient à un analyste du plus intime de sa cogitation.
Admettons que l’analyste y réponde par une opération, qui est l’interprétation, et qui porte sur ce que l’on appelle inconscient Cette opération ne pourrait-elle faire la matière de l’épreuve ? – D’autant que l’interprétation n’est pas l’apanage de la psychanalyse, que toute critique des textes, des documents, des inscriptions, l’emploie aussi bien. Mais l’inconscient freudien n’est constitué que dans la relation de parole que j’ai dite, ne peut être homologué en dehors d’elle, et l’interprétation psychanalytique n’est pas probante en elle-même, mais par les effets, imprévisibles, qu’elle suscite chez celui qui fa reçoit, et dans le cadre de cette relation même. On n’en sort pas.
Il en résulte que c’est l’analysant qui, seul, devrait être reçu pour attester la capacité de l’analyste, si son témoignage n’était faussé par l’effet de transfert, qui s’installe aisément d’emblée. Cela fait déjà voir que le seul témoignage recevable, le seul à donner quelque assurance concernant le travail qui s’est fait, serait celui d’un analysant après transfert, mais qui voudrait encore servir la cause de la psychanalyse.
Ce que je désigne là comme le témoignage de l’analysant est le nucléus de l’enseignement de la psychanalyse, pour autant que celui-ci réponde à la question de savoir ce qui peut se transmettre au public d’une expérience essentiellement privée.
Ce témoignage, Jacques Lacan l’a établi sous le nom de la passe (1967). A cet enseignement, il a donné son idéal, le mathème (2) (1974). De l’une à l’autre, il y a toute une gradation : le témoignage de la passe, encore tout grevé de la particularité du sujet, est confiné à un cercle restreint, interne au groupe analytique ; L’enseignement du mathème, qui doit être démonstratif, et pour tous – et c’est là que l’analyse rencontre l’Université.
L’expérience se poursuit en France depuis quatorze ans ; elle est à l’origine de la création de plusieurs Sections cliniques (et Antennes) en France et en Europe.
Il me faut dire clairement ce que cet enseignement est, et ce qu’il n’est pas.
— Il est universitaire ; il est systématique et gradué ; il est dispensé par des responsables qualifiés ; il est sanctionné par des diplômes.
— Il n’est pas habilitant quant à l’exercice de la psychanalyse. L’impératif formulé par Freud qu’un analyste soit analysé, a été non seulement confirmé par Lacan, mais radicalisé par la thèse selon laquelle une analyse n’a d’autre fin que la production d’un analyste. La transgression de cette éthique se paie cher – et à tous les coups, du côté de celui qui la commet.
— Que ce soit à Paris, à Bruxelles ou à Barcelone, que ses modalités soient étatiques ou privées, il est d’orientation lacanienne. Ceux qui le reçoivent sont définis comme des participants : ce terme est préféré à celui d’étudiant, pour souligner le haut degré d’initiative qui leur est donné – le travail à fournir ne leur sera pas extorqué : Il dépend d’eux ; il sera guidé et évalué.
Il n’y a pas de paradoxe à poser que les exigences les plus strictes portent sur ceux qui s’essaient à une fonction enseignante dans le Champ freudien sans précédent dans son genre : puisque le savoir, s’il prend son autorité de sa cohérence, ne trouve sa vérité que dans l’inconscient, c’est à dire d’un savoir où il n’y a personne pour dire « je sais », ce qui se traduit par ceci, qu’on ne dispense un enseignement qu’à condition de le soutenir d’une élaboration inédite, si modeste soit-elle.
Il commence par la partie clinique de cet enseignement.
La clinique n’est pas une science, c’est à dire un savoir qui se démontre ; c’est un savoir empirique, inséparable de l’histoire des idées. En l’enseignant; nous ne faisons pas que suppléer aux défaillances d’une psychiatrie à qui le progrès de la chimie fait souvent négliger son trésor classique ; nous y introduisons aussi un élément de certitude (le mathème de l’hystérie).
Les présentations cliniques viennent étoffer cet enseignement.
Conformément à ce qui fut bit jadis sous la direction de Lacan, nous procéderons pas à pas.
Jacques-Alain Miller, le 15 août 1988
(1) Ce texte, connu sous le nom de « Prologue de Guittrancourt », tient lieu d’introduction à l’ensemble des activités de l’Institut du Champ Freudien.
(2) Du grec mathema, ce qui s’apprend.