Le séminaire interne de l’ACF

Le réel sans loi…bien vivant

 C’est dans la visée du futur congrès de l’AMP, dont le thème a été fixé par Jacques-Alain Miller « Un réel pour le XXIe siècle », que le COSI tentera de mobiliser l’ACF-ECA par ses rendez-vous réguliers, dits Séminaire Interne de l’ACF.

Chacun de nous – du moins je l’imagine – a croisé au travers de ses lectures et de son expérience clinique cette étonnante notion de « réel sans loi ». Etonnante seulement si le sujet en convient, car il faut tout de même pour y arriver, dépasser le sidérant, l’absurde et l’inquiétant. Basta cosi, autrement dit, c’est fini, terminé: une analyse n’est plus en mesure de rendre compte de ce « sans loi » qui ne va pas de soi. Lacan a inventé le titre d’AE dans l’intention de vérifier le sérieux qu’il y a dans l’affaire.

Nous nous sommes habitués à ce que le réel de la Science ne soit pas celui de la Psychanalyse. Pour la science il y a des lois déjà-là, immanentes, naturelles, qui fonctionnent comme Autre de l’Autre, Maître absolu. Et les meilleurs savants ne rencontrent pas d’autres alternatives que d’en appeler à Dieu quand les choses se compliquent. La Science, toujours plus radicalement aliénée au Discours Capitaliste, nous écarte toujours plus d’une acception de la « belle mort ». A tel point qu’une idée se répand maintenant largement: on va tous crever selon les dérèglements de la Science.

Pour la psychanalyse, le réel prend son départ du symptôme, soit de ce qui se donne comme insupportable à vivre, à supporter. Et c’est en dépit du dévoilement de significations perpétuellement renouvelées  que s’aperçoit l’irréductible du hors-sens répété, ce qui donne l’idée du Un.

On aura beau-jeu ici de faire état de l’équivoque nécessaire à toute compréhension de notre thème: la psychanalyse se donne comme charge pratique de faire, pour un sujet, passer sa requête de sens de l’insupportable de son symptôme au non-sens de l’Un-supportable qui lui ferait une place de sujet mieux assurée dans le langage, autrement dit de passer du symptôme au Sinthome.

Il nous faudra donc explorer avec toute l’expérience clinique dont nous pouvons disposer ce qu’on désigne par « corps » en psychanalyse. Car le réel sans loi, c’est la « conjonction du signifiant et de la jouissance » (cours du 23/03/2011 de JAM), qui se présente concrètement dans un événement de corps dont on ne voit pas d’autre description que « l’effraction ».

Appelons-la S1, pour la forme.

Gilbert Jannot